jeudi 4 juillet 2013

EDR, EDR, est-ce que j'ai une gueule d'EDR ?

En ce moment, je fréquente des cuisines de collectivité, des endroits qui regorgent d'une catégorie de personnel que l'on appelle les EDR (employés de restauration).

Les EDR sont majoritairement des femmes. Leur boulot est très varié : mise en place et rangement des salles (qui sont assez vastes en général), préparation des hors-d’œuvre et desserts, nettoyage, plonge, bref, toutes les tâches plus ou moins ingrates que les cuisiniers (qui sont majoritairement des hommes) n'accomplissent pas mais qui sont tout de même largement indispensables au bon déroulement des opérations de nourrissage des employés qui fréquentent le self ou la salle de restaurant.

Les établissements dans lesquels je travaille servent de 70 à 600 repas le midi. Autant dire que le travail ne manque pas. En tant qu'EDR, je touche le SMIC. 

L'EDR n'est pas du tout valorisée dans son travail et certains employés ont tendance à les considérer comme des merdes. L'employée de bureau est particulièrement alerte dans ce sport qui consiste à considérer que les femmes de ménage et les dames de cantine sont des moins que rien, sans doute parce qu'elle-même est une lumière indispensable à la bonne marche de l'univers.

Les EDR effectuent des taches ingrates, rebutantes pour certaines (la plonge, par exemple), répétitives, mal rémunérées et mal considérées. 

En discutant avec mes collègues, j'ai découvert que la plupart d'entre elles ont été mal orientées et éjectées assez tôt du système scolaire. Certaines sont EDR depuis un temps infini et n'ont JAMAIS évolué dans leur travail. Lorsque je leur dis que je ne compte pas faire EDR toute ma vie, et que si je reste en cuisine, j'ai l'intention de passer le CAP (le sésame indispensable pour devenir commis et faire de la vraie cuisine), mes collègues semblent considérer que j'ai la folie des grandeurs. 

Les personnes qui travaillent en cuisine sont en général persuadées que les personnes qui travaillent dans les bureaux n'en foutent pas une ramée et passent leur temps à se la couler douce dans un univers kafkaïen et voué à la perte de temps et aux bavardages inutiles et improductifs. J'ai parfois tenté de les détromper, mais le fossé qui sépare les deux univers semble infranchissable. J'ai souvent l'impression qu'il faut que je me fasse pardonner de ne pas être une « vraie » EDR.

Au niveau du management, comme dans les bureaux, on trouve un peu de tout : de l'incapable notoire au vrai compétent. En général, les grosses structures favorisent le maintien des incapables gonflés de leur propre importance et qui fonctionnent sur le mode favoritisme basé sur des raisons plus ou moins avouables.

Un gros bourrin de cet acabit est une plaie pour une équipe, même composée d'éléments valables, parce qu'il insuffle un sale esprit et qu'il s'allie avec les personnes les plus crapoteuses de l'équipe (celles que le favoritisme à base de faveurs sexuelles ne rebute pas, par exemple, et les autres gros bourrins qui trouvent ce fonctionnement normal). L'équipe fonctionne (et les employés déjeunent à l'heure tous les jours dans des conditions sanitaires correctes) mais il y a quelque chose qui ne marche pas et les employés intérimaires sont souvent considérés comme les boucs émissaires potentiels de ces équipes.

Les employés intérimaires sont parfaitement au fait que les employés en CDD et en CDI ont tendance (que ce soit conscient ou pas) à leur faire endosser un rôle d'exutoire pour lequel ils ne sont pas rémunérés et échangent des informations lorsqu'ils en ont l'occasion sur les différentes boîtes qu'ils sont amenés à fréquenter et les différentes forces en présence.

Certaines missions relèvent de l'exploit pur et simple : il faut arracher aux personnes en poste la moindre information, se défendre bec et ongles pour se faire respecter un minimum, supporter que certains de tes collègues te prennent pour une gogole, repérer très vite qui donne les bonnes informations et qui les mauvaises (particulièrement dans les grosses structures, où les circuits de circulation de l'information peuvent être très informels...), ne pas se laisser démolir par un bourrin de petit chef, sourire aux connasses d'employées qui trouvent urgent, au lieu de consulter, de te montrer à quel point elles te méprisent parce que tu es à leur service... Et ne pas exploser de rire quand un jeune cuisinier (charmant au demeurant) te regarde comme une alien et roule des yeux effarés parce que tu prononces le mot « crise ». Tu ne le feras plus, il ne faut pas invoquer certaines puissances infernales, ça porte malheur, c'est bien connu, sans compter que ça pourrait être contagieux...

L'intérêt de ces missions, c'est qu'elles ne durent pas ! 

Je tire mon chapeau aux femmes qui doivent endurer jour après jour, vaille que vaille, des conditions de travail aussi merdiques et font face à des frustrations aussi énormes sans exploser. 

Je m'abstiendrai de dire ce que je pense du système scolaire français et de tous les beaux discours sur la formation tout au long de la vie. Je m'abstiendrai également du long discours dogmatique et dormitif sur la contradiction intrinsèque qui habite les Français et les fait se conduire comme des malpolis avec les serveurs et les femmes de ménage, se comporter comme les pires serpillières avec les puissants et brailler comme des gorets qu'ils sont républicains et démocrates...

mardi 25 juin 2013

Alleluiah ! Hosannah !

Ce matin, j'avais rendez-vous avec Pôle Emploi.
Le dernier rendez-vous avait été plutôt rock'n'roll : une jeune femme surtout attentive à bien remplir les cases qu'on lui demande de remplir et qui te vous trouve deux offres d'emploi dans la seconde et vous oblige à y répondre même si c'est vraiment des trucs de merde, il faut que ça rentre dans les cases, quitte à filer des coups de latte dans tout ce qui dépasse... Et tiens puisque ça dépasse, on va la coller en suivi renforcé, ça lui fera les pieds ! Il est remarquable que pendant une période pendant laquelle je sombrais doucement mais sûrement, nul rendez-vous de Pôle Emploi n'est venu troubler la quiétude un peu morne des journées qui se ressemblaient si funestement... Mais là que j'ai repris du poil de la bête, les rendez-vous et les contrôles se succèdent...
Autant dire que je l'avais préparé comme il faut, le rendez-vous de ce matin : impression de toutes les annonces auxquelles je réponds et qui me répondent que désolée, mais ça ne va pas être possible (lorsque réponse il y a), regroupage de tous les contrats d'intérim en tant qu'employée de restauration que je viens d'accomplir, attestation d'inscription au CNED pour la préparation d'un concours, j'avais un gros dossier drôlement bien ficelé, j'étais armée jusqu'aux dents, Pôle Emploi, prépare-toi à mourir !
Je suis tombée sur une dame très agréable, qui n'a pas cherché à me dégoûter de moi-même ou à me donner des conseils merdeux (sport favori des gens qui côtoient des chômeurs, tellement eux ils savent comment il faut faire et comment à notre place ils s'en sortiraient tellement mieux), pas non plus cherché à me fliquer (du coup, j'ai insisté : « Mais si, Madame, regardez mon beau dossier avec toutes les annonces que je réponds et les intérims que je fais ! Allez quoi ! »)
Mais la dame, qui prononçait des mots bizarres (service public, assurance chômage, suivi et non contrôle), ne voulait pas. Elle a convenu que j'étais un peu trop autonome pour nécessiter un suivi renforcé et m'a gentiment demandé comment il se faisait que j'avais pris la décision de suivre les cours du CNED sans demander d'aide à la formation à Pôle Emploi.
Un peu suffoquée (à un moment, j'avoue, j'ai cru que c'était la caméra invisible, tellement l'attitude de cette gentille conseillère détone avec celle de ses collègues, bien dressés au contrôle et au fliquage, un peu moins compétents quand il s'agit d'accompagnement vers l'emploi), je lui ai expliqué que la dernière fois que j'avais demandé la prise en charge d'une formation, ça avait été tellement compliqué, ça avait tellement créé d'inextricables nœuds dans mon dossier que j'avais préféré me démerder toute seule, histoire d'économiser des sous (je m'en suis sortie avec un indû de 300 euros à devoir payer au final, tout ça parce qu'un blaireau m'a donné de mauvaises informations et n'a pas fait son travail), du temps, de l'énergie, toutes choses que je préfère ne pas trop gaspiller à l'heure actuelle en billevesées, coquecigrues, incongrueries et fariboles.
La dame m'a expliqué à quel point la notion de service public se galvaude (on en revient toujours au même point, c'est lassant, il fallait le dire c'est dit !), et que surtout, je ne renonce pas à faire valoir mes droits. Elle m'a vraiment scotchée ! Je lui ai serré la main en partant, émue aux larmes, quasiment, et lui ai expliqué à quel point rencontrer des gens comme elle ça redonnait la foi.

vendredi 21 juin 2013

trucs de filles

j'avoue, il m'arrive de m'acheter des choses en ville. Je ne suis pas un pur esprit, je suis sujette à des accès de shopping compulsif : aujourd'hui, par exemple, j'ai acheté un rouge à lèvres rouge. Pour ce faire, j'ai dépensé 10,90 euros chez Sephora. Dans l'idéal, je rêvais d'un rouge à lèvres bien rouge de marque (une bête idée préconçue que ce sera de la meilleure qualité et puis j'adore, c'est mon côté fifille, les beaux packagings qui se la racontent un peu, quelle honte !). 

Bref, je vais chez Sephora, un endroit où, il faut l'avouer, je ne mets normalement jamais les pieds, vu comme je déteste leur univers et les uniformes tristes des gens qui y travaillent.

Je dois avoir une tête de paumée de première parce que dès que je rentre dans la boutique, une jeune vendeuse me saute dessus et me flanque ses yeux inquisiteurs dans le champ visuel et me demande si je crois que je vais m'en sortir. Je la rassure, un peu anxieuse du coup, j'ignorais que le magasinage chez Sephora soit aussi risqué... Je teste quelques parfums (plutôt portée sur les jus frais et bourrés de citrus et de fleurs d'oranger, je revis en ce moment parce que ça revient gentiment dans les rayons) que je n'achèterai pas (je continue à convertir certains prix en francs et je ne devrais pas). Dans les rayons grandes marques, le moindre rouge à lèvres coûte plus de 30 euros (et si vous convertissez en francs, vous allez tomber de votre armoire je vous le dis, ça nous met le bête bâton de rouge à lèvres à plus de 180 francs, hohé !, les gens ! Il faut arrêter les drogues dures maintenant !).

Je me suis fixé un budget de 10 euros, somme que je trouve parfaitement correcte pour obtenir un produit de bonne qualité. Chez l'Oréal (mais je n'achèterai pas non plus, je boycotte Liliane, elle est déjà très riche et franchement, quand on voit ce qu'elle fait de tout cet artiche, c'est une mesure de salubrité publique de ne pas lui en confier davantage), c'est autour de 15 euros, toujours trop cher.

Deux autres vendeuses sont venues successivement tenter de me faire participer à leurs statistiques de vente et je les remercie poliment mais fermement, je sais tout à fait ce dont j'ai besoin et je n'ai pas envie qu'on me balance un argumentaire de vente, je veux être tranquille ! Finalement, j'opte pour un rouge rouge à 10,90 euros (pas loin de 72 francs, tout de même !) et je passe en caisse, non sans qu'une dernière vendeuse ne m'ait demandé si je m'en sortais bien toute seule. Je décline à nouveau poliment.

A la caisse, la vendeuse encaisse mon achat de crevarde, me demande si j'ai trouvé ce que je voulais (des fois que ses quatre collègues aient vraiment été en dessous de tout dans le genre harponnage de la cliente), me propose une carte de fidélité que je refuse (pas envie qu'on relève mes coordonnées dans un fichier qui sera vendu à je ne sais pas qui qui m'enverra des tas de pubs à la con, j'en reçois déjà suffisamment comme ça si on considère mon pouvoir d'achat). La jeune femme insiste : je me rends mal compte de tous les avantages gratuits que je laisse perdre, quelle honte ! 

Je lui réponds fermement mais gentiment que chez moi « non » signifie « NON » et que si je comprends qu'elle fasse son travail, je la remercie quand même de pas insister. Je règle mon achat sous le regard outré de la caissière (« C'est quoi ces crevards qui ne veulent pas se laisser vider le porte-monnaie et braquer leurs adresses pour qu'on leur vende des trucs et des machins et qu'on remplisse les objectifs que nous fixent nos managers ? »). Elle me refile mon petit sac et je me rue vers la sortie en esquivant les trois vendeuses placées en embuscade. 

Je ne retournerai jamais chez Sephora, je vais faire un peu de recherche sur Internet pour trouver un fournisseur de cosmétiques qui ne prenne pas trop ses clientes pour des vaches à lait, ça doit bien exister !

Du vrac, du vrac, du vrac

One - Un voyage dans le tram. 
Grosse dame encore jeune bardée de marques (sac avec multitude de logos Dior et imper avec carreaux Burberry en plein numéro de m'as-tu-vu). Accompagnée d'un jeune chien qui saute dans les bras de qui le caresse.

La grosse dame, sourcils froncés et regard totalitaire, tire avec méchanceté sur la chaîne métallique véritablement disproportionnée dont elle se sert pour terroriser et malmener la pauvre bête. 

Interloquée et vaguement choquée, je marmonne des : « Ils peuvent pas faire de gosses, alors ils prennent des chiens pour les maltraiter ! » Personne ne bronche dans la rame et la Cruella gonflée au Nutella continue d'étrangler et d'intimider son chien qui ne moufte pas. 

Elle finit par se placer juste devant moi, me coule des regards un peu dingues et manipule d'un air franchement antipathique et pas rassurant du tout la chaîne de sa pauvre bestiole. 

Courageuse mais pas téméraire, je descends aussi vite que je peux de la rame, laissant derrière moi ma pauvre petite révolte en legs à ce brave chien noir si gentil et si mal tombé.

Mords-y l’œil, elle ne mérite que ça, cette gravosse !

Two - Une photo :


Rue Leyteire, 21 juin 2013.






jeudi 13 juin 2013

La crise, c'est la faute des chômeurs et des diplômés en littérature et en sciences humaines, pardi !

Pendant que j'étais occupée à taper sur les politiciens et les bobos, je n'ai pas vu venir ce qui se préparait pour moi. 

Ce matin, je faisais un petit tour, à la fraîche. Savez-vous bien que ça devient de plus en plus difficile de faire ses courses au marché ou de chiner sans avoir droit à des propos haineux du genre : « Tout ça, c'est la faute des chômeurs ! » ?

Ce matin, le type à qui je voulais acheter deux bouquins me sert la complainte tous des feignants ces horribles chômeurs, la crise c'est de leur faute. 

Je commence à être habituée, je me suis tapé ça pendant un an dans les centres d'appels et je garde mon calme : « Mais oui, vous avez raison, Monsieur, tous ces chômeurs, ce qu'il faudrait, c'est les coller contre un mur ou dans des camps de concentration ! »

Le type reste un peu cloué mais conserve son bon sourire : « Non, en réalité, il faudrait les envoyer là où c'est les vacances tout le temps ! » C'est sibyllin à souhait, ça ne veut pas dire grand-chose, mais il est content, il a trouvé une formule. 

Je lui laisse les deux bouquins que j'allais lui acheter, aucune raison de sponsoriser ce genre de gugusse.

Au passage, je me demande s'il déclare tout ce qu'il gagne, s'il paie toutes ses cotisations ou bien s'il s'arrange, s'il se démerde, s'il gruge un peu, comme tout le monde, parce que ça serait vraiment trop con de payer plein pot alors qu'on peut se faire sa petite gratte.

Il faut vraiment être débile pour s'acquitter en totalité de ses impôts et de ses cotisations, entre les paradis fiscaux, les comptes offshore et les petits arrangements... 

Seuls les salaires et les allocations chômage sont ponctionnés sur des bases réelles, pour le reste, la «démerde» et la défiscalisation plus ou moins sauvage sont élevés au rang de sport national, et c'est à qui sera le plus «malin» et le plus profiteur, l’œil protubérant sur l'assiette du voisin, toujours trop remplie, comment on pourrait faire pour se goinfrer au passage la prochaine fois...  

On admire en sourdine les escroqueries bien menées et ceux qui s'en mettent plein les fouilles, même si on fait semblant de s'indigner vertueusement.

On aime Mandrin et Cartouche, Zorro, Robin des Bois et Tapie, tout ça en vrac, parce que c'est marrant de gruger les fermiers généraux et qu'il faudrait vraiment être le dernier des couillons pour croire que l'argent des impôts et des prélèvements sociaux est intégralement utilisé pour le bien public.

Les seuls qu'on ne supporte pas, c'est les chômeurs, ces parasites, ces peigne-culs, ces gagne-petit, qui cotisent pourtant pour leurs allocations, dont les revenus sont fort peu falsifiables et qui, comble de bêtise, à force de gagner des salaires de smicards, risquent fort de finir à l'hospice et il faudra encore payer, si c'est pas malheureux, tout de même !

C'est le côté profondément républicain des Français, qui adorent se faire mettre, pour autant que le fouteur prétende avoir de la branche et leur donne l'impression qu'ils font un peu partie du même monde.

En plus, je suis une grosse chômeuse qui, je cite, profite du système. Je n'entends que ça en ce moment. Ça fait des années que je travaille, que je cotise, que je me débats comme je peux et parce que je refuse des boulots de merde, tout le monde me sort que je profite du système.

Ho hé ! du bateau ! tout le monde est arrimé ou bien ? 

Je profite du système parce que je refuse des boulots de plonge payés au SMIC au prétexte futile que j'ai une formation de cuisine, une licence et un DUT. 

Je vous demande un peu ce que feront les personnes qui n'ont aucun diplôme si les diplômés acceptent les boulots de plonge ? 

La jeune femme de la boîte d'intérim qui me proposait cette aubaine  avait le ton bref dans mon téléphone. « Encore une de ces étudiantes perpétuelles, qu'il faut envoyer au travail à coups de pompe dans le derche », pensait-elle, du haut de ses vingt ans et quelques et de sa science infuse et sans appel, « ça se plaint d'avoir mal au dos, ça va voir le kiné pour le moindre bobo, ça fait perdre un temps fou avec ses scrupules et ses atermoiements, on se demande à quoi ça sert ! »

Outre les chômeurs, ces immondes parasites, il faut punir les diplômés, surtout ceux qui ont choisi littérature et sciences humaines, que des formations de feignasses inutiles et dont Zadig et Voltaire se foutent comme de l'an 40 (c'est vrai ça, quoi, s'il faut en plus s'intéresser à l'an 40 !), qu'ils en chient, qu'ils en bavent, ça leur apprendra, avec leurs grands airs et leurs dégoûts de divas. 

D'ailleurs, tiens, on devrait supprimer ces formations ou au moins obliger les gens qui les suivent à les rembourser à la collectivité, ça serait une pratique de bonne gestion, et la collectivité pourra investir cet argent dans des programmes enthousiasmants et pas du tout prise de tête, qui mettent en avant des filles carrées au franc-parler reposant.

Columbo + Robbie, le crossover de la mort qui tue

« Regardez, M'sieu Columbo, il peut faire du café et mettre le vin à décanter. »
« Ce qui m'étonne, c'est qu'il n'a pas de nombril. Je lui aurais volontiers fourré mon index dedans. »
« M'sieu Columbo, vous oubliez que je suis en pleine période de latence ! »
« Des petits cons, j'en ai déjà vu un paquet, mais, toi, tu bats tous les records ! Remballe-moi cette quincaille et range ta chambre, espèce d'arnie ! »

Un monde sans pitié, le sequel

Ils ont quitté le capot de leur bagnole toute pourrie
 pour s'investir dans un boulot sérieux.

Ils ont jeté leurs bouquins, ça prenait trop de place.

Ils ont acheté un lave-vaisselle
et contracté des crédits 
pour acheter des maisons et des voitures.

mercredi 12 juin 2013

Un courrier à la ministre de la Santé

Madame Marisol Touraine
Ministre des Affaires sociales et de la Santé
14, avenue Duquesne
75350 Paris 07 SP

Bordeaux, le 10 juin 2013



Madame la ministre,

Je vous ai adressé le 22 mars 2013 un courrier qui est resté sans réponse.

Je vous y faisais part de ma surprise et de mon indignation relatives à la non-prise en charge par la Sécurité sociale des soins de parodontie.

Le parodontiste que j’ai consulté a établi un devis qui avoisine allégrement les 5 000 € (voir photocopie jointe).


En effet, les dégâts causés par cette maladie diagnostiquée très tardivement (bien que je consulte très régulièrement et sagement le dentiste) sont importants et pour bien faire, il faudrait recourir à deux implants, m’ôter un bridge antique et autres fariboles du même acabit.

Cette somme pharaonique correspond, Madame la ministre, à une demi-année de mes revenus (je vous prie de bien vouloir excuser le tour un peu pathétique que prend ce courrier, c’est bien involontaire, croyez-moi).

Je me suis rendue à l’hôpital pour tenter d’obtenir des tarifs plus en rapport avec la modicité de mes émoluments, mais il m’a été répondu fort aimablement que les tarifs en vigueur en parodontie étaient en effet fort élevés et qu’il n’y avait pas moyen, même au sein des hôpitaux publics, de se faire soigner sans souscrire de crédit ou vendre père et mère.

Je me réjouis que les parodontistes gagnent bien leur vie et aient choisi un créneau porteur, ce n’est pas tous les jours qu’on apprend une excellente nouvelle, sachons les apprécier comme il se doit.

Afin de stopper la progression de l’attaque bactérienne qui a ma bouche pour théâtre, le parodontiste a procédé à un surfaçage radiculaire (un détartrage très poussé avec nettoyage des poches), m’a expliqué qu’il faudrait que j’utilise désormais des brossettes après le brossage, pour lequel il me faudrait employer une brosse à dents électrique.

Tout cela pour la modique somme de 390 €, sur lesquels sont indiqués une base de remboursement de 28,92 €, qui correspond au remboursement d’un détartrage classique.

Reste donc à ma charge la différence entre le remboursement de la Sécurité sociale et la somme à acquitter, soit pas loin de 370 € (2 440, 48 francs).

Je suis soucieuse de ma santé, je tiens à garder mes dents et je paye mes dettes. J’ai donc acquitté la facture du parodontiste (que je vous joins), j’ai acquis brossettes et brosse à dents électrique.

Les brossettes coûtent 10 € les 6 + 15 € les 12 (il faut deux sortes de brossettes, m’a dit le parodontiste, j’applique à la lettre ses conseils, à ce prix-là, je suppose que c’est un expert).

Je dois également utiliser quotidiennement une solution anti-bactérienne (prix : environ 6 €). 


Tout cela revient fort cher, vous en conviendrez.

J’ai dû renoncer à procéder aux importants travaux préconisés par le parodontiste, comptant sur le brossage et mes soins quotidiens pour juguler la maladie.

Qui exactement a les moyens de payer des sommes aussi extravagantes pour se soigner, je me le demande.

En dehors de toute considération pécuniaire (mais avouez qu’elles ont tout de même leur importance…), le droit à la Sécurité sociale est un principe constitutionnel inscrit dans le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 et repris dans la Constitution de 1958.

Ce principe est le suivant :

« La Nation assure à tous […] la protection de la santé […]. »

Il n’est nulle part indiqué que ce principe fondateur exclut la parodontie. Je peux me tromper, bien sûr.

Je vous remercie par avance de l’attention que vous accorderez à ce courrier et vous prie d’agréer, Madame la ministre, mes salutations.




mardi 4 juin 2013

Une journée de travaillage ben ordinaire

5 h 30. 
Levage de l'intérimaire employée de restauration. Tête dans le cul. Douchage. Reniflage de la chemise : ça fera encore une journée. Habillage. Toujours dans le pâté. Thé + gâteaux aux céréales. Radio. Ça chie en Turquie et les familles aisées sont bien marries qu'on les dépouille toutes vives.

Clopage. Quelques fenêtres allumées.

Sac à main + clés + sac avec ma tenue et une doudoune (ils m'ont prévenue à l'agence d'intérim que je vais travailler dans le froid). Bagnole + rocade + blaireaux qui te collent au cul, des fois que ça ferait avancer plus vite leur vie, on ne sait jamais. Arrivage dans la zone de Pétaouchnok-les-Machins. Garage en vrac de la voiture. Montage de l'escalier de la cuisine centrale. 
7 h.
Accueillage par deux nanas. Une blonde aux jolis yeux bleus et une petite trapue râblée aux cheveux poivre et sel très masculine. Présentage et nommage. Comme je suis d'humeur badine de bon matin, je lance : « Je m'appelle Chose et je ne suis pas alcoolique. » Bide. La petite trapue me jette un regard noir : « Vous faites comme vous voulez. » Avalage de salive. La petite trapue me propose une tenue et me demande avec inquiétude si j'ai prévu de bien me couvrir. Je refuse la tenue (j'ai tout ce qu'il me faut) et j'ai prévu ce qu'il faut pour ne pas me geler, merci c'est gentil. Déshabillage et enfilage de la tenue (tee-shirt à manches longues + veste + pantalon + shoes de sécurité + doudoune, merde j'aurais dû prévoir un foulard. Tant pis.)

Allage dans la salle de pause. Nommage des deux filles. Buvage d'un thé vert pour moi et de café pour elles deux. Discutage. La petite trapue s'est pris la tête avec une de ses collègues, il ne faut pas lui chauffer les oreilles. Il n'y a jamais assez de monde, c'est n'importe quoi cette boîte. La blonde sourit. Elle est intérimaire, la petite trapue est en CDI. Roulage des mécaniques de la petite trapue : c'est à elle qu'on demande si les intérimaires peuvent revenir. « J'ai demandé que tu reviennes », dit-elle d'un air lourd de sous-entendus à la blonde qui sourit. Je place vite le fait que je suis mariée, on ne sait jamais...

Posage de questions : où suis-je censée exercer mes talents ? La petite trapue hausse les épaules : « Conditionnement. » Interrogeage de pourquoi ça lui fait cet effet. Répondage de la petite trapue : « C'est moi qui le fais normalement, je sais que c'est... » Rigolage. Enfilage de charlotte, posage de masque. Lavage de mains. Enfilage de gants. Rencontrage de nouveau collègue : origine vietnamienne, lunettes, sérieux. Préparage du poste de travail. Balance, barquettes, bac de semoule. Remplissage de pléthore de barquettes de semoule (150 g puis 100 g) à la main.

Explicage de collègue vietnamien sérieux : pas tripoter la semoule, se servir de sa main comme d'une pelle. Finissage de remplissage des barquettes avec main en pelle et pas de tripotage de semoule. Explicage que aimage tripotage et que si pas tripotage, question sur restage. Esquissage fugace de sourire par collègue sérieux. Plaçage des barquettes au fur et à mesure sur grille puis empilage des grilles sur échelle. Surveillage par collègue sérieux et donnage de conseils pour optimisation temps de travail. Explicage : plein d'années d'expérience, etc.

Fredonnage pour lutter contre grosse envie de rigolage. Nouvelle mission : remplissage barquettes de légumes couscous. Une petite louche par barquette. Explicage collègue sérieux : pas assez de jus. Ratage d'attrapage de barquettes et gâchage éhonté car jetage poubelle direct. Explicage de collègue sérieux : posage de louche PUIS attrapage de barquettes, sinon jetage barquettes. Faisage hara-kiri. Applicage toyotisme à remplissage multiples barquettes puis regardage de collègue sérieux sur nombre de barquettes remplies. Economisage de gestes et voulage de foutage de louche sur lunettes collègue sérieux. Retenage. Travaillage sans parlage : rentabilisage maximal de présence intérimaire. Remuage de légumes couscous car explicage collègue constipé que sinon restage de grains dans le fond. Reprenage et vocabulaire car excédage : grains = pois chiches.

Fusage de regard assassin par-dessus masque de collègue psychorigide. Finissage de remplissage et comptage de barquettes. Emmêlage de crayons et agaçage de collègue à lunettes. Nouvelle collègue, encore plus sérieuse que premier collègue sérieux. Empilage de barquettes de pâtes trois par trois sur grilles sur échelle. Boucan infernal et hurlage de choses. Incomprenage. Regardage par collègue sérieuse comme buse intégrale. Explicage que boucan = pas comprenage. Répétage avec agaçage. Empilage. Demandage de 31 grilles. Empilage. Hurlage de collègue sérieux adepte du toyotisme : demandage de 31 barquettes pas 31 grilles ! Explicage que criage superfétatoire à collègue sérieux. Pétage de plombs de collègue sérieux : pas engueulage, disage. Rétorquage que pas grave, et calmage nécessaire. Pétage de plombs de collègue instable et tentative de calmage mais tirage de tronche majeur de collègue sérieux. Reprenage en main par collègue sérieuse.

Empilage. Demandage de question sur ton hallucinant par collègue sérieuse. Répondage avec forte envie de foutage sur la tronche. Retenage. Respirage. Empilage. Pause : cigarette. Demandage où mettage de mégots. Répondage de collègue sérieuse : « Là » et désignage de quelque chose dans l'espace. Présumage possibilité que machin avec trou  soit cendrier. Demandage confirmation. « Je mets ça là ? » Répondage sur ton bref comme si demandage superflu par débile profonde : « Dans le trou. » Jetage de mégot et jetage de « Pardi ! » par intérimaire qui commence à attendre avec impatience que le scketch se termine.

Perdage dans locaux car premier jour et laissage de démerdage par collègues sérieux mais pas trop portés sur les explicages inutiles.

Discutage rapide avec plongeur sympa : « As-tu pris le temps de prendre un café ? » Répondage avec grand sourire que non car non voulage de partage en vrille. Apréciage de sourire du plongeur. Empilage. Mettage de merguez sur semoule. Reprochage muet que pas assez rapide. Mettage d'échelles dans cellule de refroidissement et prévenage par collègue sérieuse que risquage de cassage de gueule de barquettes car butée avant cellule.

Tentage : cassage de gueule de barquettes. Disage de gros mots par l'intérimaire. Rigolage de collègue sérieuse : « Je vous l'avais pourtant dit ! » Rigolage de collègue sérieux. Ramassage de barquettes et rempilage. Retentage. Recassage de gueule de barquettes. Reramassage sous regards goguenards de collègues morts de rire et immobiles. Retentage avec râlage. Réussissage. Regardage de pendule. Empilage de barquettes. Regardage de pendule. Passage de petite trapue avec examinage destiné au tremblage de l'intérimaire. Regardage de pendule. 

Demandage par collègue sérieuse si revenage demain.
Répondage par l'intérimaire : « Je ne sais pas ! ». 

11 h. Finissage de la mission. Sauvage à toutes jambes de l'intérimaire.

PS : Bien agaçant, aussi, le gars de la boîte d'intérim, qui faisait son déçu pas certain de me donner une nouvelle chance (ouarf !) quand je lui ai appris que puisque c'était mon jour d'essai, je n'allais pas poursuivre cette intéressante expérience. Ou celui du gars de l'autre boîte d'intérim que je viens de contacter et qui me découragerait presque de venir lui présenter mon CV, histoire que je le supplie à genoux de me trouver un boulot de merde éreintant et bouffe-vie sous-payé.

On le sait que c'est la crise et pas facile facile, mais arrêtez d'essayer de nous faire croire qu'on ne va pas trouver de boulot dans la restauration, alors que les revues de la profession pondent avec une régularité désarmante des articles plaintifs comme quoi c'est tellement dur de trouver des gens motivés et sérieux pour se farcir ces métiers en tension et patati et patata, snif ! et bouh !

jeudi 30 mai 2013

Une star et un proverbe

Depuis un moment, cette petite feuille
est vraiment prête à tout pour devenir une star à l'international :
elle a même mis ses plus beaux bijoux

Les chaises sont faites pour les fesses
comme les fesses sont faites pour les chaises
(proverbe de Saint-Michel)

Les villes à la campagne et les députés au sirop de la rue !

Vous le savez sans doute, une salle de shoot va être mise en place à côté de la gare du Nord à Paris. Sur le principe, je suis plutôt pour, l'addiction aux drogues dures est une maladie grave qu'il convient de soigner pour ce qu'elle est.

Vous avez remarqué : c'est tout le temps dans les quartiers populaires qu'on retrouve les associations d'accueil et les salles d'échange de seringues ? Dans les beaux quartiers, on trouve plutôt les ambassades et les ministères, les centres du pouvoir et de la décision éclairée, des endroits feutrés et bien tenus pleins de gens fort honnêtes et très vertueux, comme l'atteste l'actualité récente et plus antique. 

Ce qui serait bien, ce serait d'envoyer les drogués (ça ne serait qu'un juste retour des choses, les toxicomanes étant souvent issus de milieux plutôt friqués, vous savez combien ça coûte une dose ?) et les primo-arrivants respirer un peu la bonne air des beaux quartiers, pendant qu'on promènerait les sénateurs et autres plénipotentiaires dans nos rues populeuses afin qu'ils goûtent un peu au sirop de la rue. 

Pas en délégation avec gorilles et talkies-walkies, comme ils font d'ordinaire, la main tendue, le sourire de commande aux lèvres et la mâchoire crispée, non non, pour un vrai long moment, qu'ils aient le temps de faire autre chose que de rester à la surface des choses. En même temps, on se ferait vite chier, avec ces fines lames... 

Et puis ils sont déjà là, ou leurs frères ou leurs enfants, à lorgner nos appartements et à se demander comment on n'avait pas réalisé plus tôt l'énorme potentiel de notre si pittoresque environnement...

À nous inonder de galeries à vocation artistique, de boutiques de fringues aux prix défiant le sens commun pour greluchonnes anémiées et fées clochettes psychédétoc, de guichets bancaires et d'agences immobilières au sens commercial affûté, à nous prendre pour des cons ou des obsolètes, à picorer des épinards germés cuits à l'étouffée et à l'eau filtrée et à se faire croire qu'ils vont nous apprendre la vie à grands coups de greenwashing...

La marche est un sport de combat

mercredi 29 mai 2013

Un commis expéditif vivant d'expédients divers et avariés

Ce matin, j'ai bien ri en parcourant les annonces que m'envoie Pôle Emploi : un restaurant recrute un commis auquel on demande d'être je cite 
« expéditif ».


Je voudrais bien voir ça, moi, un commis expéditif en action, faisant valser les assiettes et les denrées, quelles qu'elles soient !

Bonne journée !

lundi 20 mai 2013

Un article imbécile : Marcela Iacub joue avec des phonèmes

Lundi matin, levée tôt, en pleine forme (encore une journée de glande, bonheur, joie et toutes ces choses), je fais un petit tour sur Internet et je tombe là-dessus : http://soupe-a-l-herbe.blogspot.fr/.
Dire que j’ai failli être une terroriste et que j’ai fréquenté un terroriste en puissance !
Après un arrêt maladie pour surmenage (boulot de dingue avec heures supplémentaires tellement supplémentaires que tous les quotas étaient largement explosés) qui a duré presque deux mois, lorsque je suis retournée bosser, mes collègues ont assisté au  calvaire que m'avait concocté ma chef sans broncher et sans à aucun moment m’apporter leur soutien. 

J’étais tellement persuadée que j’avais tort d’avoir été malade (!) que j’ai accepté qu’on me refile un boulot largement en dessous de celui pour lequel j’avais été embauchée. On m’a virée de mon bureau et j’ai dû travailler sous le regard tout sauf bienveillant de ma chef qui m’appelait la Ménopause, ha ha ha ha !
J’ai tenté de me débattre, couverte d’eczéma et les yeux bouffis par le manque de sommeil, à force de chercher nuitamment des échappatoires et des solutions, de me morigéner, de me dire que tout cela était de ma faute. J’ai pensé au suicide. Un jour, j’ai décidé que ça allait bien, que si mes collègues n’étaient pas capables de comprendre que mon absence n’était due ni à la complaisance d’un médecin ni à ma grande fainéantise mais bel et bien à une organisation débile qui m’avait pressurée au point de me rendre malade, je n’allais pas y laisser ma peau. J’ai contacté le médecin du travail et j’ai demandé comment faire pour me sortir de ce bourbier et me protéger. Le médecin du travail m’a déclarée inapte à tous postes dans cette entreprise pour danger grave et imminent (renseignez-vous, c’est une procédure d’urgence, qui indique que la vie du salarié est en danger potentiel du fait de son travail). J’ai quitté cette entreprise de merde et un CDI, pour affronter le monde glacial de la recherche d’emploi, à plus de 40 ans, je ne vous fais pas de dessin.
J’ai toujours effectué mon boulot consciencieusement et je le regrette : la bonne foi, avec certains, confine à la connerie.
J’aurais dû refuser ces heures supplémentaires inhumaines, refuser le boulot de merde qu’on m’a imposé à mon retour d’arrêt maladie, refuser de travailler sous l’œil goguenard de ma chef qui m’avait promis la malemort à mon retour et organiser une action collective pour que mes droits soient respectés et mes conditions de travail normalisées. 

Sauf que je ne voulais pas perdre mon boulot. 

Je sais, c'est con. 

Dans la PME toxique (en fait une grosse structure scindée en plusieurs entités histoire de décourager la représentation syndicale) que j’ai fini par me résoudre à quitter, ma réputation de feignasse est bien établie : long arrêt maladie + inaptitude (peu importe qu’elle ait été prononcée pour danger grave et imminent) = j’aurais dû continuer à aller travailler en ignorant les recommandations de mon médecin, après tout, je risquais juste un AVC. J’aurais dû rire quand mes collègues ne me parlaient plus et me traitaient comme de la merde, quand on considérait le fait que j’avais subi un long arrêt maladie comme une donnée tout à fait négligeable, quand on me recommandait de trouver une solution et qu’on me regardait m’engluer chaque jour davantage sans broncher et sans moufter, comme si je méritais le sort qui m’était fait. J’aurais dû prendre du recul, ne pas prendre tout cela à cœur et ne pas me prendre la tête. Finalement, c’était peu de chose, juste ma vie.
Quand j’ai porté la chose devant les prud’hommes, avec carnet de mes heures supplémentaires illégales (j’étais de bonne foi et je n’ai pas conservé assez de preuves, on devrait toujours penser au pire) et copie de mon dossier médical à l'appui, j’ai été déboutée. Trois de mes collègues se sont déshonorés en fournissant sur commande des attestations sur mon compte (problèmes personnels, dépression, etc.). Au passage, l’avocate de mes anciens employeurs s’est bien lâchée, me traitant de tous les noms  et m'accusant de tous les maux, limite diffamation et mon ancien employeur n'a pas hésité à fournir des faux grossiers (relevé de pointeuse trafiqué et échanges de mail bidons) que les juges se sont empressés de ne surtout pas examiner d'un œil critique (renseignez-vous aussi sur la procédure prud’homale : pas d’enquête, uniquement un débat contradictoire, une vraie escroquerie).
Depuis cette aventure, j’ai un peu de mal avec les CDI, mais je dois reconnaître qu’ils ne se précipitent pas non plus : j’enchaîne les CDD et les contrats d’intérim. J’ai également renoncé à trouver un boulot à mon niveau de compétence et de formation.
C'est comme ça que je me suis retrouvée dans un centre d'appels. 

S., un collègue qui venait d’y être promu manager, a été harcelé par ses collègues, déjà largement identifiées comme toxiques (courriers d’alerte, réunions, etc.) sans que rien n’ait été fait pour les rappeler à l’ordre. Ces deux cinglées s’en étaient également prises à moi et j’avais dû m’arrêter pour poussée hypertensionnelle, stress et insomnie. Nous avons récupéré S. un soir totalement à côté de ses pompes. Il avait appelé D., une de mes collègues, pour lui annoncer qu’il allait se suicider. Quand nous avons porté le pet auprès des instances représentatives du personnel, D. et moi, leur réponse fut : problèmes personnels et fragilité de S. 

Si nous avons pu sortir S.  de ce merdier avec D., c’est que nous étions deux employées précaires, que nous ne tenions pas plus que ça à notre boulot, qui nous permettait uniquement de gagner notre maigre pitance et que nous n’en avions rien à faire de rentrer en conflit ouvert et musclé avec nos employeurs.
S., lui,  a dû renoncer à son CDI et faire le deuil de son boulot (il était employé depuis trois ans par ce centre d’appels et donnait toute satisfaction, comme on dit). C’est lorsqu’il a compris qu’il lui faudrait quitter son boulot pour s’en sortir qu’il a repris le dessus et réussi à négocier convenablement son départ.
J’ai aussi travaillé en CDD (8 à la suite) au service correction d’un journal dans lequel régnait une ambiance mortifère, avec harcèlement et management par la terreur. Syndicat hyperpuissant à la manœuvre. Nombreux CDD tous azimuts, je ne détenais pas le record, loin de là.  Un de mes collègues était en dépression. Syndicat et représentants du personnel alertés. Une des personnes qui pratiquait le harcèlement faisait partie des délégués du personnel et jouissait donc d’une parfaite immunité. Réaction du syndicat au moment où collectivement nous avons demandé une réunion de médiation : « Il ne faut pas attiser le feu. » Un des barjots harceleurs s’est comporté avec une violence verbale inouïe lors de cette réunion, il a reconnu avoir agressé un de ses collègues dans les chiottes, mais le syndicat n’a pas réagi.
J’ai appris que les deux manageurs chtarbées du centre d’appels ont fini par être virées, après un autre incident et le refus d’employés en CDI de travailler sous la férule de la plus folle.
Dans tous les autres cas, les responsables des situations anormales et illégales ont conservé leur poste.
Le deal est simple : le boulot est difficile à trouver, surtout dans certains secteurs : soit tu te soumets et tu te couvres de croûtes sans nous déranger avec tes gémissements soit tu te casses.

Qui sont les terroristes ?
PS : Lors de mes aventures dans le monde du travail, j'ai eu droit au management par la terreur sous toutes ses formes et dans un paquet d'entreprises. A force de refuser de travailler dans ces conditions, je vais finir par ne plus du tout trouver de travail. J'ai entendu un patron dans la salle d'attente des prud'hommes proposer d'établir une liste noire des salariés qui font appel aux juges, histoire de rétablir la paix sociale.
Autre chose : les arrêts maladie liés aux problèmes de management dans les entreprises sont très mal vus par la Sécu. Comme dit mon médecin, ne dites pas la vérité au médecin de la Sécu, dites plutôt que votre mari vous tape dessus et que votre vie conjugale est un enfer, parce que la Sécu ne veut pas que ça lui retombe sur les endosses et le portefeuille, ces bêtes histoires.
Elle a une solution, Madame Iacub, dans son bunker capitonné ?
Elle a envisagé une solution pénale, par exemple, on déterre les morts et on les passe en cour martiale, histoire de faire passer le goût du pain à ceusses qui auraient des velléités d'attenter à leurs jours ou de développer des maladies professionnelles ?
C'est tout, vous pouvez fumer et gober vos antidépresseurs !

mercredi 15 mai 2013

Hello !

 
 
 
 
 
 
 
Bonjour, Nicole !
 
^^

Attention, billet bourré d'incises !

En ce moment, j'évite un peu les infos et j'essaie de me concentrer sur deux trois trucs qu'il faut que je finisse par faire : me débrouiller pour que lorsque les allocs chômage vont être revues à la baisse selon des critères draconiens (ah bon, vous saviez pas, désolée de briser vos rêves, mais m'est avis que lors des prochaines réunions de nos têtes pensantes sur les questions sociales, ça devrait déboiser dru) on puisse continuer à payer les factures (c'est pas que ça me plaise tant que ça de raquer mais bon...).
 
Bref, je bosse en intérim comme employée de restauration, un jour ci, deux jours là et en parallèle, je bûche en bibliothèque pour préparer un concours pour devenir bibliothécaire. J'avoue, j'aime les livres et la culture, ne sortez pas votre revolver !
 
Un tuyau au passage : tant qu'à gagner le SMIC en bossant, si vous avez ne serait-ce qu'une mini expérience en restauration, il y a du boulot dans le secteur. C'est pas toujours super folichon, mais perso, je préfère ça (il faut dire que je suis aussi un peu portée sur les joies simples qui réjouissent l'estomac) à plein d'autres trucs nettement plus morbides et mortifères, les centres d'appels par exemple... Je vais même vous dire un truc : si je trouve un endroit sympa pour bosser en cuisine (j'ai essuyé quelques connards de haut niveau quand je me suis lancée dans l'aventure cuisinistique après une formation elle aussi bourrée de cloportes mais lors de laquelle je me suis quand même fait un super pote), si je trouve une cuisine accueillante avec un chef agréable, qui connaît son boulot, un artiste des fourneaux  de bonne compagnie (ça existe, si si, j'ai travaillé avec un comme ça récemment, c'est fort plaisant et ça file la patate dingue), pas dit que les bibliothèques ne doivent pas se passer de mes éminents services... Pour le moment, je laisse venir.
 
Bref, disais-je, avec tout ça et le reste (le pipi le caca le ménage le dodo le mari la gamine ceci cela la vie quoi), j'ai pas trop le temps de me farcir les informations, mais l'autre matin, Monsieur Copé, l'homme politique que le monde entier nous envie, a déclaré dans ma radio de ma cuisine dans ma tasse de thé et ma tartine qu'il allait falloir drôlement sabrer  dans les je cite « services publics improductifs ».
 
Parce que Monsieur Copé, ce qu'il aime, c'est les services publics productifs, un truc que j'aimerais bien qu'il m'explique comment donc que d'où ça sort encore cette affaire-là.
 
Suivez mon regard, je suis bien sûre que son idée de la productivité, à Monsieur Copé, l'homme politique que la Voie lactée nous envie, c'est de faire sauter des machins inutiles comme l'éducation (que des sous qu'on sort pour nada et ballepeau), la santé (encore un truc de cons, avec que des malades geignards et des vieux qui se traînent comme des boulets), la culture (encore un truc de bobo que ces sous-humaines de caissières n'ont pas besoin de lire Madame Zadig et Voltaire pour faire leur boulot de merde) et tous ces bêtes machins qu'on conserve par habitude, par bêtise, par idéologie (un mot de plus de trois syllabes, ça, je ne sais pas si on va pouvoir le garder, pas très productif non plus, vous en pensez quoi, monsieur Copé, en tant que Jean-François que l'univers et Krypton nous envient ?) mais qui à vrai dire nous encombrent plutôt qu'autre chose dans notre course au choc de compétitivité productive.

jeudi 2 mai 2013

El dos de mayo

J'avais cette date dans la tête ce matin et il a fallu que j'aille vérifier de quoi donc que ça causait. Si ça vous titille aussi, faites donc comme moi, allez vous renseigner.
 
Sinon, hier, c'était le 1er Mai, je le dis pour ceux qui ne travaillent pas, moi j'ai failli oublier, on est con quand on est chômeur. Ceux qui travaillent ne risquent pas d'oublier, bien sûr.
 
Et donc, il semblerait que les défilés étaient plutôt maigrelets entre La Bastille et République cette année. Soit c'est l'itinéraire qui lasse, soit c'est que les travailleurs-travailleuses en ont assez qu'on les prenne pour ce qu'ils ne sont pas, soit ils avaient peur de passer à la télé et que leur patron les voie, il paraît que c'est pareil au moment de Roland Garros.
 
Je rigole, mais n'empêche : il semblerait que les représentants habituels et ordinaires du peuple soient sérieusement désavoués ces temps-ci.
 
Il y aurait comme une demande de changement sous-jacente que ça ne m'étonnerait pas. Une lassitude des antiennes et des slogans galvaudés, une fatigue généralisée rien qu'à l'idée de devoir encore se farcir la morne répétition, avec, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les mêmes conséquences et les mêmes discours rodés, éculés et usant jusqu'à la trame les oreilles obligées de se les fader.
 
Je suis passée hier devant une tente de syndicalistes qui s'en mettaient plein la lampe, tandis que deux gamines distribuaient les cartes de visite de leur papa qui assurait la logistique alimentaire pour les festoyeurs assis et pleins de boustifaille. Des fois, on voit des choses et on hallucine tellement c'est caricatural.
 
Entendons-nous bien, je ne critique pas le principe de représentation syndicale, je suis même violemment pour. De même que je suis violemment pour la démocratie.
 
Mais j'ai tendance à me demander (et avec moi un paquet de monde, je crois) si les structures actuelles n'ont pas pourri un paquet de belles idées à force de corruption interne et d'oubli à tous les niveaux de ce que l'on appelle le bien public.
 
Si vous n'avez jamais croisé un représentant du personnel qui s'est surtout fait élire pour le statut de salarié protégé que cela procure, vous n'avez sans doute jamais fréquenté le monde du travail. Vous n'aurez pas non plus croisé de syndicalistes à qui cette position confère surtout l'oreille de la direction pour assoir leur prestige personnel au sein de l'entreprise. Et pas non plus de représentants du personnel qui harcèlent leurs collègues et font surtout passer les « revendications » qui arrangent leurs petites affaires.
 
Lorsqu'on a été confronté à ces aberrations, on a beaucoup moins envie de se rapprocher d'un syndicat, ou bien d'aller gentiment brandir une pancarte quand on vous le demande pour faire joli dans la rue.
 
Il doit encore exister quelques syndicalistes et quelques hommes politiques qui n'ont pas perdu de vue leur rôle et ce pour quoi ils furent élus, m'est avis qu'ils sont rares. Et plutôt discrets.

Rions un peu avec la langue de bois






Toujours
en passant,
encore ça...



 

Le navet masqué/dazibao



En passant, 
un blog 
 en anglais 
avec des dessins

lundi 29 avril 2013

Un gros article roboratif d'un économiste et j'ai presque tout compris !

Je viens de lire cet article, que j'ai trouvé super intéressant : http://mouvements.info/De-chacun-volontairement-selon-ses.html
 
C'est un économiste belge qui travaille depuis longtemps sur l'allocation universelle.
 
Vous le savez sans doute, une initiative citoyenne européenne est en route actuellement, qui propose de débattre du sujet au niveau européen. Pour ce faire, elle doit recueillir un million de signatures.
 
Plein d'infos (y compris de la part de gens peu recommandables...) circulent sur le Net à ce propos, il y a aussi, je pense, tout ce qu'il faut dans les bibliothèques si on veut creuser le sujet.
 
Pour ma part, je préfère ce genre d'initiative, aussi dingos puissent-elles paraître au premier abord, que les promesses de pauvreté et de semi-esclavage.
 
 

Mais bon sang, mais c'est bien sûr ! (4)

- Je trouve tout de même étrange
ce départ impromptu pour la Chine,
mais je suppose que tu as tes raisons...
Je n'oublierai pas de saluer ma femme de ta part !

Mais bon sang, mais c'est bien sûr ! (3)

Aaaaaaaaaaaaah ! Le voilà !
C'est engageant, non ?


 
   

Mais bon sang, mais c'est bien sûr ! (2)

- J'ai entendu parler d'un tout petit pays européen
qui tient remarquablement le coup face à la crise
grâce à une politique audacieuse en matière d'emploi.
Attends, j'ai un flyer à te montrer...
Où est-ce que j'ai mis ce foutu papelard, moi ?...